Pourquoi on l'a lu ?

Parce que la sous-représentation des femmes au sein du secteur du numérique demeure une problématique sociétale actuelle et que face à cette problématique, une pluralité d’actions à décrypter émergent. En partant de ce constat, Juliette Hanau a choisi d’explorer les différentes pistes de solutions au travers de l’analyse d’initiatives françaises existantes pour la mixité dans les métiers du numérique.

Parmi cette profusion d’initiatives, cet ouvrage s’intéresse de plus près aux stratégies et aux discours qui imprègnent ces actions. A travers des analyses sémiotiques de sites web de ces porteurs d’initiatives, de participation à des évènements à ce sujet, mais aussi d’entretiens qualitatifs auprès de différentes parties prenantes, ces analyses permettent de prendre du recul sur les stratégies et enjeux derrière la promotion des femmes au sein du numérique.

Pourquoi on l'a lu ?

De quoi ça parle ?

Comment faire du numérique un environnement accessible, accueillant et épanouissant pour un public mixte ? C’est la question à laquelle Juliette Hanau a cherché à répondre. Pour ce faire, son ouvrage étudie les initiatives qui promeuvent les femmes au sein des métiers du numérique afin d’avoir un kaléidoscope, non exhaustif mais pertinent, de la manière dont ces initiatives reconfigurent l’imaginaire des métiers du numérique.

L’ouvrage se focalise sur six initiatives portées d’une part, par des acteurs associatifs (Elles Bougent, Talents du numérique et Girlz In Web), d’autre part par des « nouvelles » écoles de formation au numérique (Simplon.co, la Wild Code School et l’École 42) afin d’étudier en quoi ces initiatives qui promeuvent les femmes informaticiennes, reconfigurent le secteur du numérique en tant que lieu de pouvoir.

L’introduction repose sur un état des lieux de la présence des femmes au sein du secteur du numérique, des filières éducatives à la sphère professionnelle. Après une définition de ce qu’est le numérique, l’ouvrage étudie les raisons de l’absence féminine des métiers du numérique et donne un aperçu de la profusion d’initiatives pour promouvoir les femmes. La problématique, les hypothèses ainsi que le choix du terrain et les explications méthodologiques qui guident le livre sont également présentées.

La première partie « Représenter pour faire exister : de l’imaginaire du (de la) développeur(se) aux rôles modèles », questionne la manière dont l’imaginaire des développeur(ses), encore stéréotypé, se reconfigure à travers la promotion de rôles modèles féminins. Des associations et des écoles du numérique modifient les représentations de ces métiers en proposant des modèles « positifs » et inclusifs via leur site internet et en permettant la promotion et la fédération d’un réseau et de communautés. « Cette volonté de les faire exister en leur donnant une visibilité et un lieu d’expression, de prise de contact et de témoignage permet ainsi de valoriser ces femmes et de déconstruire les stéréotypes négatifs traditionnellement associés à ces femmes ou à ces métiers du numérique. » (p. 70).

Dans la seconde partie, « Des initiatives de « contre-pouvoir » face à l’hégémonie masculine dans la circulation du savoir », le numérique est étudié en tant que lieu de pouvoir traversé par des tensions en termes de savoirs, de discours et de légitimité. A travers un aperçu historique des raisons du manque de représentation des femmes dans le secteur du numérique, ce livre étudie des initiatives qui cherchent, d’une part, à réhabiliter et « honorer les noms des grandes figures féminines qui ont contribué au progrès de la recherche et du savoir scientifique et donc, in fine, à réhabiliter leur rôle décisif dans la mémoire collective. » (p. 94) et d’autre part, à mettre en lumière les « femmes du numérique actuelle »  au sein de la sphère publique, médiatique et culturelle.

La troisième partie, « Une nouvelle forme de militantisme féminin », interroge la nature de  l’engagement porté par les acteurs de ces initiatives pour promouvoir les femmes au sein des métiers du numérique. Après avoir étudié le mouvement du cyberféminisme, l’auteure se demande « dans quelle mesure ces initiatives reprennent des codes militants et portent en elles la notion d’engagement, de cause, voire de militantisme. » (p. 31). Ces initiatives reprendraient des codes du militantisme à travers la notion de réseaux, de leaders et de rassemblements physiques, mais la notion d’engagement serait plurielle et non pas forcément connotée au militantisme. Cet engagement serait parfois lié à des tensions : « D’une part une première tension en ce qui concerne leur rapport avec les entreprises qui peut être lié à des enjeux économiques (financement, partenariats, placement des étudiants) et d’autre part, une deuxième tension relative à l’image de marque et aux missions sociales différentes. » (p. 131).

L’ouvrage s’achève sur la partie « Actions ! » qui donne des pistes d’amélioration aux porteurs des initiatives étudiées, à travers huit piliers qui touchent à : « l’éducation parentale, le milieu éducatif, le secteur professionnel, la sphère médiatique, la sphère culturelle puis les acteurs gouvernementaux et associatifs. » (p. 139). Ces recommandations s’adressent à un public large qui s’intéresserait de près ou de loin à la promotion des femmes au sein du secteur du numérique.

Ce qu'on a aimé ?

Je code donc je suis - Femmes & numérique saisit l’occasion de s’intéresser de plus près aux enjeux et aux stratégies des acteurs d’initiatives qui cherchent à promouvoir les femmes au sein des métiers du numérique. Cette prise de recul permet de questionner l’approche de ces initiatives et de ces porteurs, tout en dégageant des pistes d’amélioration pour « lutter contre les stéréotypes de genre et faire du secteur du numérique un environnement bienveillant où les femmes seraient en mesure d’évoluer et de participer au champ des possibles qu’ouvre le numérique. » (p. 137).

On a particulièrement aimé :

  • La mise en lumière du mouvement du cyberféminisme, de son histoire à son renouveau actuel
  • Les analyses sémiotiques des sites web de porteurs d’initiatives pour promouvoir les femmes au sein du numérique qui permettent d’appréhender l’imaginaire et la stratégie portée ces acteurs. Par exemple : « Le levier des « rôles modèles » permettrait de reconfigurer la représentation de l’imaginaire des femmes dans le numérique et de faire exister une « minorité » dans une « majorité ». L’imaginaire de la femme qui évolue au sein des métiers du numérique se reconfigure à travers l’incarnation de rôles modèles féminins, d’une part avec la figure de la marraine (Elles Bougent), d’autre part avec celle de la développeuse accessible (Talents du numérique).» (p. 134).
  • Les entretiens qualitatifs qui donnent des retours d’expériences que des élèves développeuses ont pu rencontrer au sein de leur environnement d’apprentissage. A titre d’exemple, le fait d’arrêter de porter des talons pour ne plus attirer l’attention : « À 42 on a des clusters entiers, donc c’est des étages où on a des ordinateurs partout, il y a deux rangées au milieu sur lesquelles tu peux passer, du coup c’est des rangées d’ordinateurs où on passe au milieu et si tes chaussures font du bruit et que tu passes au milieu, tu as toutes les têtes qui se tournent. » (p. 126).

On le lit si

On souhaite comprendre comment le numérique peut être un environnement accueillant, bienveillant et épanouissant pour plus de femmes, mais aussi pour les hommes.

Pour le trouver

Juliette Hanau, Je code donc je suis - Femmes & numérique, Paris, Presses des Mines, Collection Design numérique, 2021.

Pour aller plus loin

On peut lire aussi : Broad Band: The Untold Story of the Women Who Made the Internet de Claire L. Evans, publié en 2018.

Ou encore, suivre les actions de la Fondation Femmes@Numérique qui rassemble un collectif de nombreuses associations et entreprises afin de promouvoir la place des femmes dans le secteur du numérique.

 Et enfin, on embarque son entreprise dans le programme Femmes du Numérique !