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Féminisation

Women in Tech Global Summit 2026 : à Cape Town, Numeum rappelle que la mixité est un enjeu de transformation collective 

15 Mai 2026
7 minutes de lecture

À l’occasion du Women in Tech Global Summit 2026, organisé à Cape Town du 28 au 30 avril, Maÿlis Staub, membre du Comex de Numeum et présidente de Nova in Tech, est intervenue lors du panel “Women in Tech Around the World”, modéré par Tamuna Kvintradze, Chief of Staff de Women in Tech® Global. 

Aux côtés de représentantes d’Amérique latine, du Kazakhstan, de France, d’Israël et d’Europe, les échanges ont mis en évidence une réalité très concrète : la féminisation de la tech progresse lorsque les communautés locales deviennent de véritables architectures d’action

Des communautés locales pour créer des parcours concrets 

Le panel a permis de croiser plusieurs expériences internationales, chacune ancrée dans des réalités économiques, sociales et culturelles différentes. 

En Amérique latine, Women in Tech agit à l’échelle d’une région de 33 pays, représentant près de 650 millions de personnes. Dans un territoire aussi vaste, l’accès des femmes à la tech ne repose pas uniquement sur les parcours académiques classiques. Il passe aussi par la communauté, le mentorat, l’apprentissage en ligne et la coopération entre pays, de l’Argentine au Mexique. 

Au Kazakhstan, les femmes représentent environ 30 % des effectifs tech, mais restent encore trop peu présentes dans les fonctions exécutives. Face à des freins culturels persistants, plusieurs programmes très opérationnels ont été mis en avant, comme AI for Her, pour former gratuitement aux outils d’intelligence artificielle, ou Digital Empowerment for Women Entrepreneurs, développé avec l’ONU, traduit en kazakh et en russe, puis étendu au Kirghizstan et à l’Ouzbékistan. 

En Israël, le chapitre Women in Tech, lancé en 2020, s’est progressivement intégré dans un écosystème technologique déjà très structuré. Après un premier soutien corporate, il a obtenu en 2024 un financement de fondation, puis en 2025 une première subvention gouvernementale. Un exemple intéressant du passage d’une dynamique communautaire à une reconnaissance institutionnelle. 

À l’échelle européenne, un enseignement ressort nettement : les chapitres les plus efficaces sont ceux qui s’appuient dès le départ sur une équipe constituée, des partenariats activables et une capacité à connecter rapidement la dynamique Women in Tech à leur écosystème local. L’exemple de la Suède, récemment lancée et déjà présente dans plusieurs conférences majeures, illustre cette logique de démarrage rapide par coalition. 

En France, une dynamique qui relie communauté, emploi et territoires 

La France s’inscrit pleinement dans cette dynamique. En deux ans et demi, Women in Tech France est devenue l’une des communautés les plus actives d’Europe, avec des actions très concrètes : hackathons, rencontres entre quartiers moins favorisés et grandes écoles parisiennes, initiatives dans les territoires ultramarins comme la Martinique et la Guadeloupe, ou encore meet-ups mensuels. 

Selon les éléments partagés lors du panel, ces meet-ups ont contribué à 137 contrats signés en 2025 pour des membres de la communauté. Women in Tech France a également contribué à faire évoluer l’accès à certains stages dans de grands groupes tech, auparavant réservés à des cercles plus fermés. 

Ces résultats rappellent une conviction forte : une communauté ne se limite pas à réunir des personnes déjà sensibilisées. Lorsqu’elle est reliée aux entreprises, aux écoles, aux territoires et aux institutions, elle devient un levier très concret d’accès à la formation, à l’emploi et au leadership. 

L’angle mort de la mixité : impliquer davantage les hommes 

La contribution de Maÿlis Staub pour Numeum a porté sur un point encore trop peu traité : l’implication des hommes dans la mixité

En France, le secteur numérique reste très majoritairement masculin. Seulement 29 % d’effectifs féminins, soit environ 71 % d’hommes en France. Et pourtant, lorsqu’il s’agit d’organiser des événements sur la mixité, il reste souvent difficile de faire venir les hommes, dans la salle comme sur scène. 

Or, quand une large majorité d’un secteur est masculine, la mixité ne peut pas rester un sujet porté principalement par les femmes. Elle doit devenir un sujet partagé par l’ensemble des décideurs, managers, recruteurs et dirigeants. 

C’est tout le sens des Champions de la mixité, action portée par Nova in Tech : faire intervenir des hommes sur la mixité pour attirer d’autres hommes dans la conversation. En trois ans, cette initiative a permis d’organiser 7 événements, de réunir plus de 500 participants et de renforcer progressivement la visibilité du sujet. 

Mais le constat demeure : il faut encore souvent aller chercher les hommes un par un. Cela montre que la mixité reste trop souvent perçue comme “un sujet de femmes”, alors qu’elle est d’abord un sujet de gouvernance, de management et de transformation des organisations. 

Des leviers concrets pour accélérer 

Les échanges de Cape Town ont permis d’identifier plusieurs pistes d’action utiles pour la France et l’Europe. 

D’abord, partir des communautés existantes, plutôt que créer des structures hors-sol. Les dynamiques les plus solides sont celles qui s’appuient sur des réseaux déjà actifs, capables d’identifier les besoins réels du terrain. 

Ensuite, installer des formats réguliers, même modestes au départ. Meet-ups, ateliers, mentorat, hackathons : la confiance se construit dans la durée, par la répétition des rendez-vous. 

Autre levier clé : connecter formation, mentorat, emploi et communauté. Les parcours les plus efficaces ne se contentent pas d’inspirer ; ils ouvrent des portes concrètes vers des stages, des contrats, des missions et des opportunités de carrière. 

Enfin, il est indispensable d’adapter les modèles aux territoires – quartiers moins favorisés, territoires ultramarins, zones rurales – et d’embarquer les institutions publiques pour donner plus d’échelle aux initiatives qui fonctionnent. 

Porter les dynamiques françaises dans les coalitions internationales 

Maÿlis Staub a également rappelé deux leviers français à porter davantage dans les coalitions internationales. 

Le premier est TechPourToutes, programme national qui vise à accompagner 20 000 jeunes femmes vers les formations et métiers du numérique d’ici 2030, et à faire progresser leur part dans les formations d’ingénierie et du numérique de 19 % à 30 %. 

Le second est l’Équipe de France du Numérique, lancée par Numeum pour fédérer les acteurs du numérique autour de grands enjeux communs, dont la féminisation de la filière. Women in Tech est partenaire de cette dynamique. 

Une méthode de transformation pour tout l’écosystème 

La leçon de Cape Town est claire : les communautés créent la confiance, les programmes créent les parcours, les coalitions créent l’échelle

Pour Numeum, la mixité ne doit plus être traitée comme une cause parallèle, mais comme une méthode de transformation de tout l’écosystème numérique. Cela suppose de mobiliser les femmes, bien sûr, mais aussi les hommes, les entreprises, les écoles, les institutions et les territoires. 

C’est à cette condition que la féminisation de la tech pourra changer d’échelle, en France comme à l’international.