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Féminisation

Loi Rixain : 30% de femmes au COMEX dès 2026, la tech française veut être une locomotive

28 Nov 2025
11 minutes de lecture

À l’approche de la première échéance de la loi Rixain, Nova In tech (Numeum) et l’association IT au Féminin ont réuni 230 dirigeants du numérique pour une soirée entièrement consacrée à la mixité dans les instances de direction. Une ambition : faire de la parité un levier de performance, et non comme une contrainte réglementaire.

230 dirigeants, dont 75 hommes, pour parler mixité

Dans la salle, 230 participants dont 75 hommes, dirigeants et managers, venus parler d’égalité femmes-hommes. Pour la 7ᵉ édition de l’afterwork « Les Champions de la mixité », co-organisé avec IT au Féminin, le ton est donné dès l’ouverture par Brigitte Tropenat, sa co-fondatrice. 

« Agir pour la mixité n’est pas une affaire de femmes, mais de société, d’entreprise », rappelle-t-elle. Si ces 75 dirigeants masculins se déplacent le soir, insiste-t-elle, c’est qu’ils sont prêts à soutenir et à s’engager. Le concept même de ces afterworks part d’un constat simple : les femmes convaincues se retrouvent souvent entre elles. Pour accélérer, il faut désormais mettre les hommes au centre de la pédagogie.

« Il faut inviter les hommes pour qu’ils deviennent de bons élèves sur le sujet de la mixité », résume Brigitte Tropenat.

La loi Rixain fixe le cap : 30 % de femmes dans les comex dès 2026

Au cœur de la soirée : la loi Rixain, votée en 2021, qui impose une représentation minimale de femmes dans les instances dirigeantes des grandes entreprises. Maÿlis Staub, Présidente de Nova in Tech, et Brigitte Tropenat en rappellent les jalons :

  • 30 % de femmes dans les comités exécutifs et comités de direction des entreprises de plus de 1 000 salariés au 1ᵉʳ mars 2026 ;
  • 40 % à partir de 2030 ;
  • des pénalités pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale en cas de non- respect.

Le secteur du numérique veut/peut montrer l’exemple.

52,2 % des adhérents Numeum dépassent déjà les 30 % de femmes en instances dirigeantes

Maÿlis Staub dévoile des chiffres tout frais, compilés auprès des adhérents Numeum de plus de 1 000 collaborateurs :

  • 7 % des entreprises ne publient pas encore leur taux de femmes dans les instances dirigeantes ;
  • 47,8 % restent sous les 30 % de femmes ;
  • 52,2 % affichent déjà au moins 30 % de femmes ;
  • et 41,7 % vont même au-delà de 50 % de femmes dans leurs comex.

« Ces chiffres montrent une véritable progression, analyse-t-elle. Notre filière prouve qu’elle peut bouger vite et prendre la parole sur ces sujets. »

La mixité est un garde-fou indispensable dans un secteur bouleversé par l’IA et la data

Pour Maÿlis Staub, « Notre secteur vit une révolution d’une intensité rare : data, IA, nouvelles compétences… Une organisation déséquilibrée produit des biais, des angles morts. La mixité est un garde-fou indispensable pour piloter avec efficience ce qui arrive. »

Une filière numérique qui ne mobilise qu’une partie de son intelligence collective se prive d’un atout stratégique. « Notre écosystème continue de fonctionner sans faire appel à toutes les intelligences. On ne peut plus continuer à vivre avec ces déséquilibres », insiste-t-elle.

« La France peut et doit être la locomotive de l’Europe sur le sujet de la mixité »

Véronique Torner, présidente de Numeum,  partage trois convictions :

  1. Compétences : la mixité devient un enjeu de compétitivité et de souveraineté.
  2. Jeu collectif : les entreprises ne bougeront que si elles avancent ensemble ; plus de 70 % d’entre elles se sont engagées, notamment via le collectif Equipe De France du Numérique (EDFN).
  3. Féminisation à tous les étages : la parité doit concerner toute la chaîne, des juniors aux comex.

« La France peut et doit être la locomotive de l’Europe sur ces sujets, affirme-t-elle. La mixité au sommet : une réalité, et pas qu’une ambition. »

Du CAC 40 aux grandes administrations numériques : la parité comme avantage compétitif

Quand Marjorie Paillon animatrice de la soirée, interroge : « Mixité : leadership inclusif, moteur ou nécessité ? », les représentants des grands acteurs du numérique français sont unanimes.

Pour Florence Verzelen, directrice générale adjointe de Dassault Systèmes, la parité relève de l’évidence stratégique : « Dans une entreprise de tech, imaginer de ne pas avoir la parité est dingue. Ne pas être paritaire, c’est choisir de jouer avec seulement la moitié de l’intelligence disponible. » Chez Dassault Systèmes :

  • 40 % de femmes au comex de Dassault Systèmes ;
  • 30 % de femmes parmi les collaborateurs, avec une progression d’un point chaque année.

La dynamique reste contrastée selon les pays : les filières scientifiques attirent davantage de femmes dans les pays nordiques ou au Canada que dans certaines écoles françaises, où la part de femmes recule.

Philippe Neto, EVP chez Thalès, insiste sur la responsabilité sociale des dirigeants de la tech : « Le pari de l’intelligence collective nous oblige à agir en amont. Parents, managers, dirigeants : nous incarnons ce sujet pour les générations futures. Socialement, nous portons une responsabilité dans tout l’écosystème numérique. »

Pour Henri d’Agrain, délégué général du Cigref, l’enjeu est autant économique que sociétal : « En 2016, nous étions à 12 à 15 % de femmes dans un contexte de pénurie de compétences. On ne peut pas se satisfaire d’un système numérique pensé et développé uniquement par des hommes. » Depuis, la proportion progresse de 17 à 18 points, mais la « dynamique reste trop faible ».

Thalès progresse de 30 % en six ans grâce à un pilotage chiffré de la mixité

La loi Rixain pousse les entreprises à mesurer ce qu’elles faisaient jusque-là de façon plus intuitive. Chez Thalès, Philippe Neto rappelle un principe : « Ce qui ne se mesure pas ne compte pas. » Le groupe a connu une progression de 30 % de la part de femmes en six ans (de 16 à 22 %), mais les trajectoires varient selon la taille, le périmètre international et les métiers.

L’égalité salariale et la parité deviennent aussi des sujets de comex chez les membres du Cigref. Le constat est parfois brutal : « La Marine est aujourd’hui plus féminisée que les métiers du numérique, relève Henri d’Agrain. On a dû agir avec rigueur et fermeté, sans rien laisser passer en matière d’environnement sexiste. C’est ce niveau d’exigence qu’il faut instaurer dans les entreprises. »

Wavestone, Keyrus et Inetum installent la parité dans leurs KPI, leurs recrutements et leur gouvernance

Deuxième séquence de la soirée : les ETI de la tech, qui vivent la loi Rixain comme un projet de transformation à part entière. 

Pour Pascal Imbert, CEO de Wavestone, la prise de conscience a été tardive : « On ne naît pas paritaire, on le devient », résume-t-il. La loi Copé-Zimmermann sur les conseils d’administration a joué le rôle d’électrochoc. « Au départ, je l’ai vécu comme une contrainte. Trois ans plus tard, j’ai constaté que le conseil fonctionne mieux, avec moins d’entre-soi. »

Chez Wavestone, un collectif interne, Wavestone for Wall, vient aussi bousculer les certitudes en montrant que l’expérience des femmes, des personnes LGBT+ et des minorités dans l’entreprise apporte. De là naissent des plans d’action concrets : KPI, audit RSE, critères de mixité intégrés aux futures acquisitions.

Eric Cohen, fondateur et CEO de Keyrus, met en avant la diversité comme fondation de son entreprise :

  • une culture d’emblée ouverte ;
  • des premières équipes très féminisées ;
  • une fondation maison, engagée sur ces sujets ;
  • et un programme « KWIN » Keyrus Women In Networking, lancé en 2023 par une dirigeante au Canada, pour structurer le mentorat et la promotion des femmes dans les organisations.

« L’équilibre hommes/femmes apporte une performance durable et aide à prendre de meilleures décisions », explique-t-il, en défendant une démarche à la fois interne et externe.

Arrivé chez Inetum en plein Covid, au moment où se discutait la loi Rixain, Philippe Pujalte, Deputy CEO Inetum Euromed, parle, lui, d’un sujet à piloter :

  • obligation d’avoir des candidatures hommes/femmes pour chaque poste ;
  • alignement systématique des salaires ;
  • objectifs de mixité suivis dans la durée.

« Le fait de devoir faire une loi montre bien que la parité ne vient pas naturellement. Sans cadre, on mettrait trente ans. Or la situation est urgente », prévient-il. Et l’IA ajoute une pression supplémentaire : « Si ce sont uniquement des hommes qui conçoivent l’IA, on va biaiser nos technologies et notre façon d’opérer. »

Inetum vise les 30 % en 2026, mais s’inquiète d’un point précis : le vivier au niveau hiérarchique inférieur, indispensable pour atteindre les 40 % ensuite.

Attirer les talents féminins : Dassault Systèmes crée une app « O’gure » pour aider les jeunes filles à se projeter dans les carrières scientifiques

Attirer davantage de femmes vers les métiers du numérique reste un défi partagé. Chez Dassault Systèmes, une application, O’gure, aide les jeunes filles à se projeter dans les carrières scientifiques et tech via des jeux et des scénarios de métiers. « Plusieurs dizaines de milliers de jeunes filles l’ont déjà utilisée », se félicite Florence Verzelen, qui appelle les dirigeants à relayer l’outil dans leurs réseaux et leurs familles.

Les dirigeants présents convergent : la bataille se joue dès le primaire. Le « logiciel » de la société pousse encore trop souvent les filles loin des sciences et de la tech.

Berger-Levrault : un comex transformé en deux ans

En conclusion, Galliane Touze (DG) et Sophie de Toré (Directrice de la stratégie et du développement) ont raconté la transformation de Berger-Levrault (éditeur de logiciels présent en France, au Canada et en Espagne, avec 40 000 clients). Début 2022, le tableau est classique :

  • aucune femme au comex ;
  • seulement 6 % de femmes dans la direction ;
  • mais 44 % de femmes dans l’ensemble du groupe, soit un vivier important.

En 24 mois, sous l’impulsion de Galliane Touze et de Sophie de Thoré, la trajectoire change de braquet :

  • 3 femmes au comex en neuf mois ;
  • 48 % de femmes dans les instances dirigeantes ;
  • 44 % de femmes parmi les managers.

Le virage repose sur différents leviers :

  1. Changement de gouvernance et de génération, avec un comex engagé sur ces enjeux.
  2. Identification d’un vivier de talents féminins et mise en visibilité auprès des managers.
  3. Accompagnement des femmes : confiance, formation, prise de responsabilités.
  4. Politique de recrutement avec un focus explicite sur la mixité.

« Ce sont des actions simples, mais mises ensemble, l’impact est très fort », résume Sophie de Thoré.

Le travail se prolonge à l’extérieur grâce à la Fondation Berger-Levrault, réalignée sur un numérique inclusif et durable, qui soutient des projets de reconversion de femmes vers la tech et des initiatives auprès des jeunes filles.

L’anecdote fait sourire la salle : en réalignant les salaires des femmes, l’entreprise perd 15 points sur son indicateur interne en 2024, preuve qu’elle a « trop favorisé les femmes » sur la période. Signe surtout d’un rattrapage longtemps repoussé. 

Faire des managers masculins des alliés de la mixité

Tout au long de la soirée, une idée revient : la mixité repose sur le partage de la responsabilité, pas sur le délestage.

Pour Brigitte Tropenat, tant que les hommes ne perçoivent pas concrètement les obstacles rencontrés par les femmes dans leur carrière, la pédagogie reste lente. D’où l’importance de les inviter, de les exposer à des témoignages, de leur demander de s’engager comme sponsors, mentors, recruteurs exigeants sur la parité

Eric Cohen insiste sur la nécessité de mesurer, inciter, sensibiliser :

  • inviter systématiquement les hommes aux événements ;
  • mettre en avant des parcours de femmes qui réussissent ;
  • montrer que la mixité produit des résultats visibles dans les organisations.

Chez Inetum, on intègre cette attente dans les valeurs, les recrutements et les process de nomination. « Il n’y a pas de résistance frontale, mais ce n’est pas un mode naturel. À nous de l’ancrer pour qu’il le devienne », explique Philippe Pujalte.

De la loi aux pratiques : une course contre le temps

La loi Rixain fixe des quotas et des sanctions. Les dirigeants de la tech présents ce soir-là y ajoutent un autre horizon : faire de la mixité au sommet un avantage compétitif, un signal envoyé aux jeunes talents, un rempart contre les biais qui menacent l’IA et les organisations.

Et cette phrase rappelée par Galliane Touze, citant Christine Lagarde qui rappellent le rôle décisif du cadre légal « Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses ; quand on légifère, on trouve des femmes. »

Pour en savoir plus sur nos action, rendez-vous sur notre page Nova In tech https://numeum.fr/nova-in-tech/