À Lyon, le Numeum Tour explore les promesses et les défis du quantique
Le 22 avril 2026, le Numeum Tour faisait étape à Lyon pour une matinée consacrée au calcul quantique, un sujet suivi par le pôle Secteurs et Technologies de Numeum, dont Léa Roubinet a présenté les travaux en ouverture. La table ronde a ensuite permis d’en approfondir les principaux enjeux technologiques et stratégiques. La table ronde s’inscrivait dans le prolongement de ces travaux.
Réunissant Charles Praud (Sopra Steria), Marine Xech-Gaspa (Quandela), Pierre Jaeger (IBM), Olivier Hess (Bull) et Kathie Werquin-Wattebled (Banque de France), cette table ronde a permis de décrypter les enjeux scientifiques, industriels et économiques du calcul quantique.
L’objectif de cette séquence : dépasser les effets d’annonce pour mieux comprendre ce que le quantique peut réellement transformer, à quel horizon, et comment les entreprises du numérique peuvent dès aujourd’hui se préparer.

Le quantique : une rupture de calcul, pas un remplacement de l’informatique classique
Les intervenants ont d’abord posé les bases : le calcul quantique ne vise pas à remplacer les ordinateurs classiques ou les supercalculateurs. Il s’agit plutôt d’une brique complémentaire, capable de traiter certains types de problèmes aujourd’hui inaccessibles ou trop longs à résoudre avec les méthodes traditionnelles.
Là où l’informatique classique repose sur des bits valant 0 ou 1, le calcul quantique s’appuie sur des qubits, qui mobilisent les propriétés de la mécanique quantique, notamment la superposition des états pour valoir simultanément O et 1. Cette approche laisse entrevoir des gains de performance majeurs en permettant de résoudre certains calculs complexes en une fraction du temps nécessaire aux ordinateurs classiques. Les perspectives sont donc prometteuses notamment dans la simulation, l’optimisation, la finance, la chimie, la santé, la cybersécurité ou encore l’intelligence artificielle.
Mais nos 5 invités l’ont rappelé : cette puissance potentielle ne sera utile que si les cas d’usage sont correctement identifiés et les algorithmes correctement reformulés. Il ne suffira pas de « porter » une application classique sur une machine quantique pour obtenir de meilleures performances. Le passage au quantique suppose un important travail algorithmique et un travail d’identification métier par métier, secteur par secteur, des cas d’usage pertinents.
Des cas d’usage déjà explorés dans l’industrie et la finance
La table ronde a permis d’illustrer la diversité des usages en cours d’exploration. Les acteurs du quantique travaillent déjà avec des industriels, des centres de recherche et des entreprises utilisatrices pour identifier les problèmes éligibles : simulation de matériaux, optimisation de réseaux, modélisation financière, détection de fraude, amélioration de modèles d’IA ou encore génération de nombres aléatoires certifiés.
Quandela a notamment partagé des exemples d’applications sur l’artificielle et quantique ainsi que des usages liés à la sécurité numérique. IBM a rappelé que de nombreux acteurs industriels s’engagent dès aujourd’hui dans le quantique, même en l’absence d’ordinateur pleinement opérationnel. L’objectif est de développer dès à présent des compétences, d’anticiper les futures applications et de se positionner pour bénéficier d’un avantage compétitif important lorsque la technologie atteindra sa maturité., Pour Bull, l’un des enjeux majeurs consiste à accompagner les organisations dans cette phase d’anticipation : identifier les problèmes pertinents, prioriser les usages à fort potentiel, expérimenter les approches hybrides et préparer les environnements logiciels qui permettront demain de tirer parti des capacités quantiques.
Systèmes de paiement, supervision et confiance : un enjeu collectif
La Banque de France a replacé le quantique dans le contexte plus large de la stabilité financière. En tant que banque centrale, elle intervient au cœur des systèmes de paiement et contribue, via l’ACPR, à la supervision du secteur bancaire. Elle s’intéresse ainsi aux usages que ces technologies pourraient ouvrir pour la finance, notamment autour de l’horodatage et des opérations de règlement-livraison, mais aussi aux risques que le calcul quantique pourrait faire peser sur des infrastructures essentielles comme les institutions financières.
Son intervention a surtout souligné le caractère collectif de la préparation quantique. Dans un secteur fortement interconnecté, la fragilité d’un établissement ou d’une infrastructure peut affecter l’ensemble de l’écosystème, altérer la confiance des citoyens et perturber la continuité de l’économie. La préparation ne peut donc être menée isolément : elle suppose une approche collective associant banques centrales, superviseurs, établissements financiers et acteurs technologiques.
Ce travail s’inscrit également dans une coordination internationale, la Banque de France pilotant les travaux du G7 consacrés aux technologies quantiques pour les autorités financières.
Un rôle central pour les entreprises du numérique
La table ronde a également permis de préciser la place des entreprises du numérique dans cette nouvelle transformation. Pour les acteurs du conseil, de l’intégration et de l’édition logicielle, le quantique ouvre plusieurs champs d’action.
Les entreprises de conseil auront un rôle clé pour aider leurs clients à comprendre les impacts stratégiques du quantique, à identifier les domaines où il peut créer un avantage compétitif et à orienter leurs investissements en R&D. Les intégrateurs pourront contribuer au développement de surcouches logicielles, d’environnements de monitoring, d’interfaces avec des solutions cloud ou hybrides, ainsi qu’à l’intégration progressive de capacités quantiques dans les architectures existantes. Les éditeurs, quant à eux, devront s’interroger sur les briques de leurs solutions susceptibles, demain, de bénéficier d’une accélération ou d’une reformulation quantique.
Un message fort s’est dégagé : il faut se former, expérimenter et commencer à travailler dès maintenant. Même si les machines pleinement matures ne sont pas encore disponibles, les compétences, les cas d’usage et les algorithmes doivent être préparés en amont. Les entreprises qui pourront tirer profit des applications de calcul quantique le moment venu seront celles qui auront anticipé dès aujourd’hui.
Une stratégie européenne à consolider
Enfin, les échanges ont ouvert la réflexion sur la souveraineté technologique. L’Europe dispose d’atouts réels dans le quantique, avec des laboratoires de recherche, des start-up, des industriels et des initiatives publiques déjà engagés. La France, en particulier, compte plusieurs acteurs de premier plan.
Les intervenants ont cependant pointé un risque : celui de la fragmentation des initiatives, des financements et des marchés. Pour transformer l’excellence scientifique en leadership industriel, l’Europe devra renforcer sa capacité à faire émerger des champions, à structurer ses investissements et à articuler recherche, industrie, infrastructures et usages.
À Lyon, cette étape du Numeum Tour a ainsi rappelé que le quantique n’est plus seulement un sujet de laboratoire. C’est déjà un enjeu de compétitivité, de souveraineté, de sécurité et de transformation pour toute la filière numérique. Pour les entreprises, la question n’est donc plus seulement de savoir quand le quantique sera prêt, mais comment se préparer à en tirer parti.
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