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12 mars 2026

Numeum Tour Sophia-Antipolis

Présentiel

L'événement est terminé

Retour sur le Numeum Tour

Sophia Antipolis, 12 mars 2026

Le 12 mars 2026, l’écosystème numérique azuréen s’est réuni à Sophia Antipolis pour une nouvelle étape du Numeum Tour, co-organisée avec Telecom Valley et animée par Frédéric Bossard, représentant de Numeum à Telecom Valley et à l’UPE 06.

Dès l’ouverture, Teresa Colombi (Co-présidente de Telecom Valley) et Olivier Cazzulo (Délégué régional Sud et membre du Comex de Numeum) ont posé un constat clair : le numérique reste une filière de croissance, mais dans un environnement plus contraint, où les équilibres se déplacent.

Un secteur solide, mais sous pression

En ouverture de la plénière, Olivier Cazzulo a rappelé un point de départ essentiel : malgré un contexte incertain, le secteur numérique reste solide, avec une croissance attendue de +4,3 % en 2026, tirée notamment par le logiciel.

Mais cette dynamique ne doit pas masquer une inflexion plus profonde. La croissance est toujours là, mais elle change de nature. Les cycles de décision s’allongent, les investissements se rationalisent, et les entreprises arbitrent davantage.

Ce changement de rythme s’accompagne d’une recomposition des modèles. Les frontières entre éditeurs, plateformes et ESN deviennent plus floues, les offres convergent, et les positionnements évoluent.

Dans ce contexte, la question de la maîtrise technologique prend une nouvelle importance. Aujourd’hui, 85 % des systèmes d’information reposent sur des solutions externes, ce qui place les entreprises face à des enjeux directs de dépendance et de souveraineté.

Cette transformation se lit aussi du côté de l’emploi. Le secteur continue de créer de la valeur — 670 000 emplois en France, en hausse de 50 % en dix ans, dont 41 000 dans la région Sud — mais il doit désormais composer avec des contraintes plus fortes, qui redéfinissent ses équilibres.

L’IA : des usages déjà là, un modèle encore en construction

L’intelligence artificielle s’impose désormais dans les usages quotidiens des entreprises. Automatisation, assistance, optimisation des processus : les gains sont visibles et déjà mesurables.

Mais cette diffusion rapide fait émerger une tension plus structurelle. Les gains de productivité attendus par les clients interrogent directement les modèles économiques. La question n’est plus celle des cas d’usage, mais de la valeur : comment la créer, comment la capter, comment la répartir.

À ce stade, les équilibres restent instables. Entre automatisation et expertise, entre production et supervision, les modèles sont encore en train de se définir.

Les retours d’expérience d’IBM (Alexandra Huillet) et de Fairval (Landry Holi) ont permis d’ancrer ces enjeux dans le réel.

Chez IBM, l’IA est intégrée aux opérations internes dans une logique de transformation par l’usage. Certains outils traitent désormais plus de 90 % des demandes RH, illustrant un changement d’échelle dans l’automatisation.

Chez Fairval, l’enjeu est différent, mais tout aussi structurant : intégrer l’IA dans des environnements fortement contraints. Dans des secteurs comme l’aérien, son déploiement suppose de répondre à des exigences élevées en matière de conformité, de traçabilité et de robustesse.

Dans les deux cas, un point converge : la valeur ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans sa capacité à s’insérer dans des processus existants et à produire des effets concrets.

Un nouveau cadre de risque

L’intervention de Nicolas Hélenon (NeoTech, LSN Groupe) a apporté un éclairage sur une dimension encore peu visible, mais déterminante : celle du risque.

Avec l’évolution du cadre réglementaire européen, les systèmes d’intelligence artificielle changent de statut. Ils ne sont plus seulement des outils, mais des produits, susceptibles d’engager la responsabilité des entreprises en cas de défaillance — qu’il s’agisse de biais, d’erreurs ou de failles de sécurité.

Ce basculement complexifie la chaîne de responsabilité. Entre fournisseurs de données, développeurs, intégrateurs et éditeurs, les rôles s’entrecroisent et les zones grises se multiplient. Identifier qui porte le risque, et à quel niveau, devient un enjeu en soi.

Dans ce contexte, l’IA ne peut plus être abordée uniquement sous l’angle de la performance. Elle s’impose comme un objet de risque à part entière, qui doit être intégré aux dispositifs de gouvernance, de conformité et de pilotage des entreprises.

Une transformation à structurer

Au fil des échanges, une conviction s’est imposée. L’intelligence artificielle ne se limite ni à une opportunité technologique, ni à une simple accélération des usages. Elle reconfigure les modèles, les compétences et les responsabilités.

Les gains sont réels. Les cas d’usage se multiplient. Mais leur mise en œuvre révèle une exigence croissante : celle de l’intégration. L’IA ne crée de valeur que si elle s’inscrit dans des processus existants, dans des contraintes métier, dans des organisations capables de l’absorber.

Dans le même temps, les équilibres économiques restent incertains. Entre attentes de productivité et préservation de la valeur, les modèles sont encore en construction. Les entreprises doivent avancer sans cadre stabilisé.

Cette transformation s’accompagne aussi d’un déplacement des risques. L’IA n’est plus seulement un levier de performance. Elle devient un objet à piloter, à encadrer, à sécuriser.

Enfin, elle impose une adaptation continue des compétences. Apprendre, désapprendre, recomposer : la transformation est autant humaine que technologique.

Ce qui se dessine n’est pas une rupture brutale, mais une transition exigeante.

Moins une course à la vitesse qu’un enjeu de cohérence.

À Sophia Antipolis, une idée s’impose : la réussite passera moins par la multiplication des initiatives que par la capacité à les structurer dans la durée.