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13 mars 2026

Numeum Tour à Aix

Présentiel

Retours sur le Numeum Tour

Aix-en-Provence, 13 mars 2026

Le 13 mars, à Aix-en-Provence, le Numeum Tour a rassemblé plus de 100 acteurs du numérique, dirigeants, experts et partenaires institutionnels. Une affluence qui traduit l’intensité du moment : l’intelligence artificielle n’est plus un sujet d’exploration, mais un enjeu immédiat, structurant, et profondément transformant.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Olivier Cazzulo, délégué régional Sud et membre du Comex de Numeum, rappelle la vocation de ces rencontres : créer du lien, structurer une dynamique et accompagner les entreprises dans leurs choix. À ses côtés, Stéphanie Ragu, présidente de Medinsoft, insiste sur un point clé : l’IA ne se développera pas en silo. Elle impose une logique de coopération, à l’échelle des territoires comme des filières.

Le propos est prolongé par Stéphane Benhamou, président du MEDEF Sud, qui replace l’IA dans une perspective très concrète pour les dirigeants. Il ne s’agit plus d’un sujet d’opportunité, mais d’un choix stratégique. Les entreprises qui s’en saisissent pourront transformer leurs modèles ; celles qui hésitent prennent le risque de rester à quai.

Compétitivité et responsabilité : le cap fixé par Numeum

Cette ligne trouve toute sa cohérence dans l’intervention de Véronique Torner, présidente de Numeum, qui articule avec précision les enjeux du moment. L’intelligence artificielle est à la fois un formidable levier de compétitivité et un facteur de vulnérabilité. Elle ouvre des perspectives inédites en matière de performance, tout en exposant les entreprises à de nouveaux risques : dépendances technologiques, cybersécurité, tensions sur les compétences.

Mais c’est sans doute sur la question du travail que la rupture est la plus tangible. L’IA automatise déjà une partie des tâches historiquement confiées aux profils juniors, ce qui oblige à repenser en profondeur les parcours d’intégration. La transformation est rapide, parfois brutale, et elle impose aux dirigeants d’accompagner leurs équipes avec lucidité et volontarisme.

Dans le même mouvement, elle appelle à un changement d’échelle. L’avenir du numérique ne peut plus se penser uniquement à l’échelle nationale. L’Europe doit affirmer une voie propre, capable de concilier innovation, souveraineté et responsabilité. C’est tout le sens de la mobilisation portée par l’Équipe de France du numérique : structurer une filière, peser dans les débats internationaux et éclairer les décisions publiques.

Des usages concrets… et des transformations profondes

Les échanges de la table ronde viennent ancrer ces réflexions dans le réel. Car sur le terrain, l’IA ne transforme pas d’abord les technologies : elle transforme les pratiques.

Chez Gojob, comme l’explique Nicolas Boutin, l’introduction d’agents conversationnels a profondément modifié le métier de recruteur. Là où les équipes passaient des dizaines d’appels pour identifier un candidat, l’IA filtre, qualifie, accélère. Le recruteur retrouve du temps pour ce qui fait la valeur de son métier : la relation.

Même dynamique du côté de France Travail, où Anaïs Crouzet observe une évolution rapide des attentes des entreprises. La maîtrise de l’IA devient une compétence recherchée bien au-delà des métiers du numérique. Les formations déployées massivement produisent déjà des effets tangibles sur l’accès à l’emploi.

Pour Thomas Houdaille, de La Plateforme, l’enjeu est désormais d’aller au-delà des expérimentations. Beaucoup d’entreprises testent les outils, mais peu structurent réellement leur démarche. Or la création de valeur passe par une intégration profonde dans les processus métiers et par l’émergence de nouveaux profils hybrides.

Cette idée est prolongée par Aurélien Béguet, co-fondateur de Forgeron3, qui souligne que le principal frein n’est plus technique ni financier, mais culturel. L’IA ne s’ajoute pas à l’existant : elle reconfigure les organisations.

Les travaux présentés par Mines Saint-Étienne viennent éclairer cette réalité. Toutes les PME n’avancent pas au même rythme, ni selon les mêmes logiques. Il n’existe pas de trajectoire unique, mais une diversité de maturités, de stratégies et de contextes. La transformation digitale — et plus encore l’intégration de l’IA — ne peut donc être qu’accompagnée sur mesure.

Anticiper les risques : l’éclairage de l’assureur

Au-delà des usages, la question des risques s’impose avec acuité. Nicolas Hélénon (NeoTech, LSN Groupe) apporte à ce titre un éclairage essentiel en rappelant que l’IA s’inscrit dans un cadre juridique et assurantiel en pleine mutation.

Si les technologies évoluent rapidement, les fondamentaux demeurent : pour être assurables, les risques doivent être identifiables et encadrés. Or l’IA complexifie considérablement les chaînes de responsabilité. Entre concepteurs, éditeurs, intégrateurs, utilisateurs et hébergeurs, les frontières deviennent floues, rendant plus difficile l’attribution des responsabilités en cas de défaillance.

L’évolution du droit européen, notamment autour de la responsabilité des produits défectueux, marque un tournant. Le logiciel et les systèmes d’IA entrent désormais dans le champ des produits, avec une responsabilité accrue pour les acteurs. Les notions de bug, de biais ou de défaut d’entraînement deviennent juridiquement sensibles.

Dans ce contexte, les entreprises doivent intégrer une nouvelle exigence : anticiper les risques dès la conception. Cybersécurité, conformité réglementaire, propriété intellectuelle, performance des systèmes… autant de dimensions qui ne relèvent plus seulement de la technique, mais de la stratégie globale.

L’IA, une rupture anthropologique

La conclusion d’Alain Cabras apporte une profondeur singulière aux échanges. En prenant de la hauteur, l’anthropologue invite à déplacer le regard : l’IA n’est pas seulement une innovation technologique, c’est une rupture anthropologique.

Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité délègue une partie de sa capacité à penser. Jusqu’ici, les machines prolongeaient la force physique. Désormais, elles interviennent dans la production du savoir, dans l’orientation des décisions et dans la construction des récits.

Ce basculement touche au cœur de ce qui fait l’humain. Nous ne sommes pas seulement des êtres de raison, mais aussi des êtres de croyance et de récit. Or l’IA agit simultanément sur ces trois dimensions : elle produit de la connaissance, influence nos représentations et participe à la fabrication du sens.

Le risque, selon lui, n’est pas tant technologique que culturel. À force de déléguer, nous pourrions perdre notre capacité à exercer un esprit critique, à construire du collectif, à produire nos propres récits. L’enjeu n’est donc pas de freiner l’IA, mais de préserver ce qui fait notre humanité.

Dans ce contexte, le rôle des dirigeants devient central. Ils ne sont pas seulement des décideurs économiques, mais des garants du sens. Ce sont eux qui doivent arbitrer entre performance et cohésion, innovation et responsabilité, puissance et maîtrise.

Faire de l’IA un choix collectif

Au fil des échanges, une conviction s’impose : l’intelligence artificielle ne sera ni une simple évolution technologique, ni une fatalité.

Elle sera ce que les entreprises, les territoires et les institutions décideront d’en faire.

Le Numeum Tour d’Aix en apporte une démonstration concrète. À travers la diversité des interventions, il révèle un écosystème mobilisé, conscient des enjeux, mais aussi lucide sur les défis.

Reste à transformer cette dynamique en action collective durable. Car face à une transformation aussi profonde, la seule réponse possible est, plus que jamais, le collectif.