Faciliter sa mise en conformité en matière de traçabilité – Numeum x Global Industrie
L'événement est terminé
La traçabilité de la chaîne de valeur : au service de la confiance et de la mise en conformité des entreprises.
Le numérique, maillon fort de la traçabilité
Connaissez-vous les matériaux qui composent l’écran que vous êtes en train de lire ? Savez-vous d’où ils viennent, comment ils ont été extraits, quelle est leur empreinte environnementale, leur durée de vie et comment ils seront recyclés – ou pas – lorsqu’ils seront hors service ?
À toutes ces questions, la nouvelle réglementation en vigueur en Europe, avec le Green Deal, veut pouvoir répondre. Car la traçabilité de nos produits, quels qu’ils soient, est un enjeu majeur : pour consommer autrement les ressources et surtout aller vers davantage de sobriété. La technologie et le numérique peuvent être des outils utiles pour y parvenir.
Si, au départ, reconnaît Mehdi Houas, président de la commission industrie de Numeum, « cela pouvait être vu comme une contrainte, lorsque cette question est anticipée, les technologies sont désormais tellement évoluées que ça devient un facteur de compétitivité ».
Sans compter sur l’appui de Mickael Monmaille (Global Industrie), qui explique qu’« on insiste beaucoup sur la notion de souveraineté », ce qui devrait être un élément supplémentaire pour que les industriels utilisent les moyens modernes qui sont à leur disposition à tous les maillons de la chaîne de valeur. « La blockchain, par exemple, explique Mehdi Houas, mais d’autres moyens apparaissent et se déploient. »
Un nouveau compagnon… digital
Quand Thales a frappé à la porte d’Inetum, c’était avec l’idée de suivre une ligne de production de postes radios qui équipent ses appareils. L’ambition ? Voir comment on pouvait décortiquer les tâches et suivre l’ensemble des pièces… Cela signifie savoir d’où elles viennent, où elles sont, pour pouvoir anticiper, par exemple, leur usure ou détecter d’éventuelles défaillances.
Pour cela, il fallait trouver un outil facile à faire adopter : le smartphone s’est vite détaché du lot… Smartphone ? Non : « plutôt le compagnon digital », explique Vincent Turquet, en charge de la smart mobility industries chez Thales. Car ce service, nous le connaissons tous et nous l’utilisons, mais là, pas question de passer des appels. Sécurité oblige. « La nouveauté, c’est qu’on a pris le smartphone sous un autre angle. C’est une unité centrale, mais elle est portable et donc je mets à disposition le service dont l’opérateur a besoin. En regardant différemment l’objet, on a découvert de nouvelles fonctionnalités. »
Comment ? Ça, c’est le travail d’Inetum, et cela nécessite beaucoup d’observations. Pour ce faire, explique Stéphane Raynaud, senior account manager chez Inetum : « il faut se centrer sur un opérateur de production, un logisticien et, usine par usine, repérer des endroits de silos, des opérations qui peuvent être accompagnées, et se dire : là, on peut venir améliorer. »
Pas simple, confie Vincent Turquet, car « chaque ligne est différente. Alors on essaie d’identifier les besoins, les irritants et, une fois compris, on met les solutions et les accessoires en place. On montre les services embarqués en essayant d’aller chercher la meilleure expérience d’usage, qui amène la facilité. »
Et la preuve par l’exemple a l’air de fonctionner : en 4 ans, d’une poignée de salariés (9 en 2021) qui ont adopté le modèle, ils sont plus de 1 000 aujourd’hui. Et Thales a commencé à déployer sur plusieurs sites. Stéphane Raynaud explique cet engouement : « cela devient simple pour le personnel de sanctionner une opération, de récupérer des éléments clés sans avoir besoin de revenir à son poste, sans compter la possibilité aussi, à travers cet objet, de prendre des photos, d’effectuer des contrôles, de partager les contrôles visuels et de répertorier. » Et Stéphane Raynaud finit par résumer : « ce n’est pas qu’un outil, c’est un compagnon digital. Le prolongement de la main. »
Tracker sans être tracé !
La traçabilité des opérations est donc synonyme d’efficacité augmentée et de gain de temps pour ceux qui s’y essaient. C’est aussi ce que constatent, pour des questions de logistique, Marie-Ange Giuseppin, managing partner en charge du secteur industriel chez Inetum, et Valentin Guillois, directeur technique chez Mobile IT.
La consultante explique que « dans les entrepôts, la plupart du temps, on fonctionne encore au papier-crayon et au système des bâtonnets. Or, quand ce sont des millions de paquets qui transitent par jour, le risque d’erreur est manifeste. Avec Mobile IT a donc été imaginé un système de QR codes qui permet de flasher chaque colis à chacune de ses étapes. »
Un vrai progrès, explique Marie-Ange Giuseppin, car « un opérateur peut passer 50 % de son temps à chercher des colis ; donc savoir où ça se trouve est un gain de temps phénoménal ». « Et pour que cette traçabilité n’expose pas l’entreprise à des risques, tout a été pensé pour le suivi. Nous, on propose du no-code cloud, accessible via un smartphone ou un terminal, et là, on rend la main au client pour la partie paramétrage des flux », détaille Valentin Guillois.
Cette révolution des usages peut parfois éveiller quelques réticences, mais une fois testés, les utilisateurs sont rapidement convaincus. « La conduite du changement est importante sur le terrain, reconnaît Marie-Ange Giuseppin ; quand on met en place, on accompagne chaque opérateur pour lui montrer ce qu’il doit faire comme gestes, et les ingénieurs aussi, pour qu’ils modélisent le flux nécessaire dans l’outil… et là, on a une fiabilité à 100 %. »
Vos papiers s’il vous plait !
Le carnet de voyage est nécessaire, et demain ce sera le passeport digital. Car la traçabilité va petit à petit s’étendre et devenir une norme partagée. C’est ce qui est prévu au niveau européen pour mieux contrôler d’où viennent les matériaux et les suivre tout au long de leur cycle de vie. Et le changement est déjà en cours cette année pour les filières les plus polluantes. Pourquoi ? C’est tout simple : la visibilité de l’amont à l’aval de la chaîne, explique François Gendarme, consultant en transformation d’entreprise industrielle chez Visiativ.
« Un industriel, quand il achète une machine, doit avoir la connaissance de la vertu du produit : provenance des matières premières, mais aussi ma machine ou mon produit, qu’est-ce que j’en fais, comment je m’en débarrasse, et savoir aussi comment augmenter son produit sur le changement des pièces ou la durabilité. »
Or, entrer toutes ces données est un travail de fourmi : exemple pour les batteries. Dans le DPP, il y a 100 champs dans un fichier Excel : matières premières, conception, usage et recyclage ; et cela varie d’un produit à l’autre.
Le travail de Visiativ, détaille Jean-Marc Salaün, responsable marketing produit chez Visiativ, c’est de compiler : « lorsqu’on aide une entreprise, on comprend dans un premier temps quelles sont les attentes ; ensuite, on fait une mesure d’écart : quelles sont les infos qui me manquent… et donc localiser ces données, et si elles ne sont pas disponibles, entrer en contact avec les fournisseurs. Le fabricant va devoir stocker ces informations tout au long du cycle de vie et les fiabiliser. » Pour cela, évidemment, il faut être outillé : PLM, PIM, ERP, en fonction de ce qu’il y a à traiter. Mais l’accélération va devoir se faire, car les réglementations, elles, sont en train d’entrer en vigueur.
Ces exemples sont le reflet d’une industrie en pleine transformation : et le numérique vient faciliter les changements qu’elle doit traverser… Pour Menehould Bothier de Brisis, directrice des politiques numériques chez Numeum, « on voit que le besoin part du terrain et que la tech s’adapte tout au long du processus de la chaîne de valeur ». Après, c’est une question de choix pour le moment, précise Mickael Monmaille (GI), car la contrainte va obliger à passer plusieurs paliers, or tous n’ont pas le même taux de maturité. D’où l’importance de la prise de conscience, surtout pour les plus petits, insistent-ils, car c’est pour eux que la marche va s’avérer la plus haute à franchir.