Le marché du numérique français sort de la zone de turbulences, mais l’attentisme freine encore la reprise
Paris, le 8 juillet 2026 – À l’occasion de la publication de son Observatoire semestriel de conjoncture réalisé avec Xerfi, Numeum, premier syndicat des entreprises du numérique en France, constate une stabilisation du marché après deux années de fort ralentissement. La croissance repart, estimée à 3% pour 2026 et portée par le retour de l’activité dans les services, mais le rebond reste hors de portée : l’attentisme des donneurs d’ordres, la pression sur les prix et la dégradation des marges continuent de peser sur le secteur.
Une stabilisation qui met fin à deux années de ralentissement
Le numérique français renoue avec une croissance estimée à 3 % en 2026 contre +1,8 % en 2025. Les trois marchés clients les plus dynamiques en 2026 sont l’énergie (+6,0 %), les services (+4,8 %) et la banque (+3,6 %), devant l’industrie (+3,2 %), quand d’autres débouchés comme les télécoms (-0,5 %) ou les transports (-0,8 %) restent en retrait.
Des trajectoires contrastées selon les métiers
Avec une croissance attendue de +6,2 %, les éditeurs de logiciels et plateformes demeurent le moteur du marché (30,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires). La dynamique reste portée par le SaaS (+8,3%) et le cloud (+12,2%), même si la migration des entreprises vers ces modèles arrive progressivement à maturité. Les nouveaux relais de croissance se concentrent désormais sur la valorisation des usages de l’intelligence artificielle et l’amélioration du revenu récurrent.
Les ESN retrouvent une croissance positive avec + 1% de croissance en 2026, soit un marché de 34,6 Md€ portée par les grandes ESN dont 86 % anticipent une croissance grâce à la réactivation des programmes structurants chez les grands comptes. La prudence des clients (54 %) et la pression sur les prix (49 %) demeurent les principaux freins, poussant les ESN à se repositionner : nouveaux secteurs et clients (59 %), déploiement de l’automatisation et de l’IA (58 %).
Le marché du conseil en technologies sort progressivement de la contraction avec +0,2% en 2026, soit un marché de 7,7 Mds d’€, avec des perspectives très contrastées selon les secteurs clients, portées notamment par la défense (+3,5%), l’énergie et l’aéronautique (+2,5%), tandis que l’automobile et les life sciences restent sous tension avec une baisse des dépenses numériques de respectivement -2% et -1 ,5%.
Un marché freiné par l’attentisme des donneurs d’ordres
39 % des DSI estiment que les incertitudes géopolitiques ont eu un impact sur leurs décisions d’investissement numérique, se traduisant par des reports de projets (57 %) et un allongement des délais de décision (39 %). Dans le même temps, l’émergence rapide de l’IA, notamment agentique, conduit également les entreprises à réévaluer leurs arbitrages technologiques.
Les investissements numériques ne disparaissent pas ; ils se concentrent sur un nombre limité de priorités. Les directions des systèmes d’information privilégient en effet les projets directement liés à la cybersécurité (92 %), la conformité réglementaire (84 %), l’optimisation des dépenses contraintes (72 %) et l’IA productive (71 %). Cette évolution traduit une transformation profonde des arbitrages : les projets de transformation restent financés lorsqu’ils répondent à un enjeu stratégique ou réglementaire, tandis que les autres sont plus facilement reportés.
Pour autant, différer les investissements numériques revient souvent à accumuler du retard sur les transformations devenues incontournables, particulièrement s’agissant de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle.
Au-delà, les entreprises clientes exigent davantage de démonstration du retour sur investissement, accordent une place croissante au prix dans leurs décisions d’achat et font évoluer leurs modes de contractualisation. Cette évolution oblige les entreprises du numérique à démontrer davantage la valeur créée et à proposer des offres plus intégrées.
Les marges : un point de vigilance pour le marché du numérique
Si l’activité montre des signes de stabilisation, les marges constituent un point d’attention : 35 % des ESN anticipent une baisse de leur marge opérationnelle au premier semestre 2026. Les ESN restent confrontées à un effet de ciseaux entre la hausse persistante de leurs coûts (tant RH qu’investissements technologiques ou R&D) et une pression tarifaire toujours forte de la part des clients. Pour Numeum et Xerfi, la rentabilité devient désormais le principal indicateur de vigilance du secteur.
Un emploi qui entre dans une phase de sélectivité accrue
Après une période post-Covid marquée par une forte croissance des recrutements (plus de 100 000 emplois créés en 3 ans), le marché de l’emploi entre dans une phase plus sélective. Les effectifs du secteur du numérique ont reculé pour la deuxième année consécutive, soit une baisse de -1,8 % entre 2023 et 2025. Les entreprises réduisent principalement leurs recrutements, notamment de jeunes diplômés (33 % des ESN déclarent avoir diminué leurs recrutements de jeunes diplômés au premier semestre 2026), tout en redéployant progressivement les compétences vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
À ce stade, l’impact direct de l’intelligence artificielle sur les effectifs demeure limité : l’IA modifie d’abord les métiers, les compétences et l’organisation du travail avant d’avoir une action sur les volumes d’emploi.
Une croissance portée par l’IA, un retour sur investissement encore en construction
L’IA s’impose désormais comme un moteur central de la transformation du secteur numérique. Les gains de productivité liés à l’IA devraient passer de 15,0 % à 22,3 % chez les ESN entre 2025 et 2027, et de 12,5 % à 24,4 % chez les éditeurs. Mais ceux-ci restent difficiles à convertir en marge, et 22 % des DSI estiment déjà que l’IA agentique pourrait réduire certaines dépenses logicielles — un signal de recomposition du marché à surveiller. Au-delà, l’IA constitue d’ores et déjà un levier de croissance réel pour l’ensemble du secteur : elle représente du 12,3% du CA des éditeurs de logiciels et 9,8% du CA des ESN.
Conclusion : sortir de l’attentisme pour éviter le décrochage
Pour Numeum, différer l’investissement revient trop souvent à accumuler du retard. Alors que l’IA, la cybersécurité et l’autonomie stratégique imposent d’accélérer, les incertitudes économiques, géopolitiques, politiques et technologiques retardent les décisions. À l’approche de la prochaine séquence présidentielle, le syndicat appelle à placer le numérique au cœur du débat public et à préserver les leviers d’investissement et de soutien à l’innovation, condition d’une compétitivité durable de l’économie française et de son autonomie numérique.
Mehdi Houas, président de Numeum — « Le numérique est le premier révélateur de la santé de notre économie. Le retour, même timide, de la croissance dans les services est un signal encourageant, mais il ne suffira pas si les décideurs continuent de temporiser. Investir dans le numérique, l’IA et la cybersécurité, c’est investir dans la compétitivité et la souveraineté de la France. »
Benoît Darde, membre du Comex de Numeum — « Le marché montre des signaux positifs, mais nous ne sommes pas encore sortis de l’attentisme. Les donneurs d’ordres continuent de différer leurs décisions alors même que l’IA, la cybersécurité et la souveraineté imposent d’investir dès aujourd’hui. C’est la condition pour éviter un décrochage durable de notre économie. »
À propos de Numeum
Numeum est le syndicat professionnel leader de l’écosystème numérique en France. Il rassemble les éditeurs de logiciels, les entreprises de services du numérique (ESN) et les sociétés de conseil en technologies. Le secteur du numérique en France représente environ 666 000 salariés et plus de 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Méthodologie : Observatoire de conjoncture Numeum-Xerfi, enquête conduite au premier semestre 2026 auprès de 296 acteurs du numérique (151 ESN, 118 éditeurs de logiciels et plateformes, 28 acteurs du conseil en technologies) et 116 DSI, complétée par les données Xerfi, Insee et Acoss.
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